Hernando Calvo Ospina

 



Vu et entendu au Venezuela

Par Hernando Calvo Ospina


17 Mai 2017


- Mensonges et bassesse

La direction de l'opposition vénézuélienne avait lancé un appel à descendre dans la rue hier lundi 15 mai, avec comme objectif de paralyser le pays. Le principal instigateur de cette agitation était le député de l'opposition Freddy Guevara, que l'on peut considérer comme le responsable intellectuel de certaines des manifestations les plus violentes des dernières semaines, notamment celles de Chacao, municipalité de Caracas dont le maire est aussi dans l'opposition. Des actions qui ont fait plusieurs morts et beaucoup de dégâts: un cas rare dans le monde, où des dirigeants politiques encouragent ce genre de résultat dans leur propre fief, dans l'unique but de désigner le gouvernement central comme coupable.

Et bien, aujourd'hui j'ai parcouru la presse française sur internet. Tous les médias n'ont qu'un seul pays pour centre d'intérêt en Amérique latine : le Venezuela. Il semble qu'aucun événement ne mérite leur attention dans aucun autre pays de la région.

Presque tous les médias français rapportent qu'hier des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Caracas pour manifester leur mécontentement. Et là, très surpris, je me suis posé la question : où était cette foule de gens ? Parce qu'ici même les médias les plus agressifs à l'égard du gouvernement du président Maduro ne l'ont pas vue. Je viens de passer en revue, minutieusement, six d'entre eux.

Oui il y a eu des manifestations. Mais pas des milliers de personnes dans la rue. A Caracas, comme dans beaucoup de villes du monde, il est facile de semer le chaos : des petits groupes de jeunes bloquent trois avenues centrales en mettant le feu à des pneus et à des poubelles et la ville se trouve paralysée. Hier, comme d'autres jours, c'est ce qui s'est produit.

Presque toutes ces minuscules manifestations ont été violentes, car leur objectif est le suivant : entraver le quotidien des citoyens. Faire en sorte que les camions chargés du ravitaillement n'arrivent pas à destination par crainte d'être incendiés. En effet dans certains endroits, il y a pénurie d'essence parce que les camions-citernes ne courent pas le risque de manquer d'être incendiés comme cela a failli arriver. Vous imaginez un camion rempli d'essence qui prend feu en plein coeur d'une zone très peuplée ?

Mais alors, j'aimerais que la presse française nous montre où ses sources ont vu des milliers de manifestants ce lundi. Parce que la vérité c'est que le résultat était à l'opposé du vigoureux appel lancé par les chefs de l'opposition: un échec.

Je crois que la presse française raconte ce dont elle rêve, ce qu'elle aimerait voir se produire. La presse espagnole et la colombienne m'ont tout l'air d'être encore pires. Si leurs publications ne participaient pas aux dégâts causés, en encourageant les violents, on pourrait considérer cela comme un cas clinique de mythomanie.

- Semer la haine dans l'avenir

Ce qui suit m'a été rapporté par l'assistante du gérant d'une entreprise privée moyenne, dans laquelle tout le personnel soutient le gouvernement du président Maduro.

Sa fille de sept ans va dans une école catholique. La petite est arrivée en larmes chez elle vendredi dernier. Un groupe d'enfants de sa classe avait proposé de jouer aux gentils et aux méchants. L'enseignante n'était pas là parce que, de même que ses collègues, elle faisait grève - sans que le mot soit prononcé - contre le gouvernement, avec l'accord tacite de la direction de l'établissement, assez inhabituel dans une institution privée.

Les enfants renversèrent plusieurs pupitres au milieu de la classe et donnèrent la consigne suivante : d'un côté les garçons, qui seraient la Garde nationale. De l'autre, les filles qui seraient des femmes manifestant contre le gouvernement. Les filles devaient jeter des crayons et des cahiers sur les policiers, qui allaient venir les refouler.

La fille de l'assistante, ainsi que deux autres fillettes et trois garçons, refusèrent de jouer, et se réfugièrent dans un coin pour lire.

Ceux qui étaient d'accord pour jouer vinrent les trouver pour leur demander pourquoi ils ne voulaient pas participer. Les six enfants gardèrent le silence, jusqu'à ce que la fille de l'assistante leur dise qu'elle savait que la police bolivarienne ne faisait pas de mal aux gens et qu'elle était là pour les protéger des méchants.

La réaction fut inimaginable : ils commencèrent à la frapper et à lui crier « Chavista ! Chavista ! ».

Ces enfants ont agi de la sorte parce que c’est ce qu’ils ont entendu chez eux, à la télé ou sur internet. S’il y a un domaine dans lequel l’opposition se perfectionne, avec le conseil de ses soutiens étrangers, c’est bien dans la création de la violence par la haine.

En réponse aux plaintes des parents, l’enseignante a déclaré que de tels jeux d’enfants n’avaient rien d’anormal...